Tout éditeur LaTeX finit par répondre à la même question : qu’ajoute-t-il à un éditeur de texte accompagné de latexmk ? La réponse de TeX64 tient en trois outils placés juste à côté des mathématiques — Blocks, un éditeur visuel pour assembler des formules sans mémoriser la notation ; l’OCR mathématique, qui transforme l’image d’une équation en LaTeX sur l’appareil même ; et Axiom, une IA qui propose ses modifications sous forme de diffs. C’est une application de bureau local-first pour macOS et Windows, et elle ne compose rien elle-même. Cette référence est publiée par Fermion Inc., l’entreprise qui développe TeX64 — raison précise pour laquelle cette page s’en tient à ce que le dépôt et les documents publiés permettent de vérifier, sans aucun argumentaire commercial.
Ce que TeX64 est, et ce qu’il n’est pas
D’abord : TeX64 n’est pas un moteur de composition. Aucun moteur LaTeX n’est embarqué dans l’application. Chaque compilation appelle latexmk, lualatex, latexindent et synctex d’une distribution TeX installée séparément, et la documentation dit clairement que sans distribution, la compilation est impossible. TeX64 est donc le frontal qui relie l’édition, la compilation et l’aperçu, tandis que le PDF produit vient de la chaîne d’outils TeX standard. C’est à la fois une limite et une garantie : aucun format de document propriétaire, le manuscrit reste du .tex ordinaire, et il peut partir à tout moment vers un autre éditeur ou une autre machine.
Ensuite, ce que local-first signifie ici. L’édition, la compilation, l’aperçu PDF, SyncTeX et l’OCR mathématique fonctionnent tous sur l’appareil. Internet n’est requis que pour Axiom AI, pour les fonctions de compte et de facturation, et pour télécharger le TeX Live géré décrit plus bas. Les plateformes prises en charge sont macOS 12 ou ultérieur sur Apple Silicon ou Intel et Windows 10/11 en x64 ; Microsoft Store gère les mises à jour de la version Windows Store. Linux n’est pas disponible actuellement, comme l’indique la documentation. Au moment de choisir un éditeur, ces trois points — écrire hors ligne, faire circuler le même manuscrit entre les deux systèmes, avoir besoin de Linux — forment le premier filtre.
Installer, et vérifier qu’il trouve bien TeX
La page de téléchargement (/download) propose le parcours correspondant au système. Sous Windows 10/11 x64, on lance l’installateur Store signé par Microsoft, et Microsoft Store prend ensuite en charge les mises à jour. Sous macOS 12 ou ultérieur, on ouvre le DMG Apple Silicon ou Intel et l’on glisse TeX64.app dans Applications. Les artefacts macOS sont signés et notariés, et chaque version publie une SHA-256 par artefact, de sorte que le fichier téléchargé peut être vérifié sur-le-champ. En cas de doute sur la version Mac à prendre, lancer uname -p dans Terminal : arm indique Apple Silicon, i386 indique Intel.
Ce qu’il faut faire juste après l’installation, c’est vérifier que l’environnement TeX a bien été trouvé. Sous Settings > Environnement, quatre outils — lualatex, latexmk, latexindent et synctex — s’affichent avec une coche verte lorsqu’ils sont détectés, en rouge sinon. Commencer un manuscrit alors que c’est encore rouge, c’est se priver plus tard de la distinction entre un échec dû à l’éditeur et un échec dû à l’absence de TeX. S’il n’y a aucun environnement TeX, TeX64 peut installer un TeX Live géré après votre approbation. Cette voie récupère les paquets TeX depuis un miroir et les installe dans un dossier géré par l’application — et, comme le précise explicitement la politique de confidentialité, vos projets ne sont pas téléversés pendant cette opération.
- Windows : une distribution TeX Live existante, ou le TeX Live géré par TeX64 que vous approuvez.
- macOS : MacTeX (environ 4 Go, tout est inclus), BasicTeX (environ 100 Mo, compléter avec
tlmgr), ou le TeX Live géré par TeX64. - Vérifier : les quatre outils
lualatex,latexmk,latexindentetsynctexau vert sous Settings > Environnement. - PATH : MacTeX ajoute
/Library/TeX/texbin; une installation Homebrew se trouve sous/opt/homebrew/bin. Redémarrer le terminal et TeX64 après toute modification du PATH.
L’espace de travail : circuler dans un long manuscrit
TeX64 ouvre un dossier comme espace de travail : arborescence à gauche, éditeur à onglets au centre (divisible verticalement ou horizontalement), visionneuse PDF à droite. La visionneuse peut être détachée dans sa propre fenêtre : sur plusieurs écrans, la source occupe l’un et le PDF l’autre. Ce qui prend toute sa valeur dans un long manuscrit, c’est le panneau de plan, qui recense chapitres, sections, figures, tableaux, étiquettes, citations et TODO en hiérarchie et se met à jour au fil de la frappe. Un clic amène à l’endroit voulu, et une thèse de trois cents pages cesse d’être informe. Cmd+Shift+O l’affiche ou le masque (Ctrl+Shift+O sous Windows).
La recherche se fait sur deux niveaux. Cmd+F fouille le fichier courant ; Cmd+Shift+F lance une recherche plein texte sur tout l’espace de travail, portée par ripgrep, et liste chaque occurrence avec son numéro de ligne pour y sauter. Ce même panneau assure le remplacement à l’échelle du projet : renommer \mycommand en \mynewcommand tient en une opération — prévisualiser les résultats avant de remplacer devrait être un réflexe. Une fonction plus discrète évite beaucoup de dégâts : le renommage de fichier. Renommez-le dans l’arborescence et toutes les références \input, \include et \graphicspath du projet suivent automatiquement. Pour qui a corrigé à la main ses références après chaque réorganisation de chapitres, ce seul comportement peut suffire à justifier le changement.
thesis/ # open this folder as the workspace
main.tex # \documentclass + preamble + \begin{document}
chapters/
intro.tex # pulled in with \input{chapters/intro}
methods.tex
figures/
setup.pdf # ASCII names, hyphens, no spaces
refs.bib- Regrouper
\documentclass, les packages et\begin{document}dansmain.tex, et appeler les chapitres par\input{chapters/intro}. Avec un seul\documentclassdans le projet, la détection du fichier racine ne peut pas se tromper. - Donner aux figures des noms ASCII avec traits d’union ou tirets bas et éviter les espaces. Pour renommer par la suite, passer par l’arborescence afin que les références suivent.
- Avant d’ajouter chapitres ou figures, compiler une fois un document court avec
Cmd+Enter. Un échec à ce stade désigne l’environnement TeX, non la source. - Mettre le projet en état de compiler avant de demander à Axiom une modification importante, puis juger le diff proposé et le PDF recompilé au regard de la dernière version qui compilait proprement.
- Si SyncTeX cesse de fonctionner dans un projet multi-fichiers, vérifier d’abord le réglage du fichier racine, puis la présence d’un
.synctex.gzaprès compilation.
Comment se déroule une compilation, et pourquoi Cmd+B n’est pas Build
Les compilations sont pilotées par latexmk. Autrement dit, les passages répétés nécessaires à la résolution des renvois, BibTeX ou Biber, makeindex ou xindy, et la détection de changements qui évite une reconstruction inutile suivent tous les règles propres à latexmk. Le fichier racine — celui qui contient \documentclass — est repéré en parcourant le projet, et peut être désigné à la main dans une structure comportant plusieurs \documentclass. On peut aussi conserver plusieurs profils de compilation, chacun avec son moteur (pdflatex, xelatex, lualatex) et ses options supplémentaires. Pour jeter les fichiers intermédiaires, utiliser Clean sous Settings > Profil de compilation ; Clean -C supprime en outre la sortie produite. Le journal défile pendant la compilation : on voit à quel passage latexmk en est.
Voici l’affectation qui surprend d’abord ceux qui viennent d’autres éditeurs : Cmd+B n’est pas Build. Dans TeX64, Cmd+B insère \textbf{} et Cmd+I insère \textit{}, tandis que la compilation passe par Cmd+Enter ou le bouton de lecture de la barre d’outils. Cela paraît à contre-courant jusqu’à ce qu’on compte : sur une heure d’écriture LaTeX, comparez le nombre de \textbf{} tapés au nombre de compilations lancées, et la question de la touche la plus courte se règle d’elle-même. Effet secondaire : les doigts habitués au Cmd+B du traitement de texte pour le gras continuent de fonctionner. Sous Windows, Cmd correspond à Ctrl et Option à Alt.
| Touche (macOS) | Rôle |
|---|---|
Cmd+Enter | Compiler : lance latexmk et rafraîchit l’aperçu PDF |
Cmd+B | Insère \textbf{} en englobant la sélection s’il y en a une — pas la compilation |
Cmd+Click | Cliquer dans le PDF pour revenir à la ligne source correspondante (SyncTeX inverse) |
Cmd+Shift+E | Ouvre Blocks, l’éditeur visuel de formules |
Cmd+Shift+A | Ouvre le panneau de discussion IA d’Axiom |
Cmd+Shift+F | Recherche plein texte dans l’espace de travail, avec remplacement global |
Cmd+P | Ouvre un fichier par correspondance approximative sur son nom |
Cmd+D | Sélectionne l’occurrence suivante du mot ; répété, il crée plusieurs curseurs |
Construire une formule sans en connaître la notation (Blocks)
Blocks est l’éditeur visuel qui permet d’assembler des formules sans avoir mémorisé la notation LaTeX. En dessous travaille MathLive, un constructeur d’équations interactif : on choisit dans une palette de lettres grecques, d’opérateurs, de relations, de flèches, de symboles ensemblistes, de structures comme les fractions et les racines, et d’accents, et l’on assemble la formule. Le résultat composé se dessine en temps réel, et à la validation le code LaTeX correspondant est réinséré automatiquement dans la source. C’est là le point essentiel : Blocks n’invente aucun format propre — ce qui en sort est le fragment .tex que vous auriez tapé à la main.
Trois chemins y mènent : placer le curseur dans un environnement mathématique et clic droit > « Edit in Block », passer par le menu Math > Block Editor, ou presser Cmd+Shift+E (Ctrl+Shift+E sous Windows). TeX64 détecte l’environnement tout seul et y lance le bloc. Sont couverts les environnements hors texte — equation, align, gather, multline, split, cases —, la famille matrix, et les mathématiques en ligne écrites $...$ ou \(...\). Son domaine est net : il excelle sur une formule contenant un symbole dont on ignore encore la commande et pour reconstruire une longue expression dont on a perdu l’imbrication des parenthèses ; pour taper un \frac{a}{b} familier, le clavier reste plus rapide.
Transformer l’image d’une équation en LaTeX, sur l’appareil
L’OCR mathématique convertit les mathématiques contenues dans une image en code LaTeX. Choisir Math > OCR, sélectionner une zone d’écran, et les composants ONNX/Tesseract fournis l’analysent sur l’appareil avant d’insérer le résultat dans l’éditeur. Ici, la précision des faits mérite d’être soignée : comme l’énoncent explicitement la politique de confidentialité et les conditions d’utilisation, la capture d’écran ou d’image sélectionnée n’est pas envoyée à OpenAI. L’OCR fonctionne hors ligne et est incluse dans la formule gratuite. Photos de notes manuscrites, équations dans un PDF, captures d’un manuel : tout y passe.
Trois remarques pratiques. D’abord, la capture d’une zone d’écran peut exiger une autorisation du système d’exploitation ; sous macOS, accorder l’enregistrement d’écran lorsqu’il est demandé. Ensuite la précision : plus on utilise une image contrastée et l’on recadre sur la seule formule, plus le résultat est stable. Enfin la vérification : l’OCR est une aide, non une mise au net — il faut donc toujours compiler une fois le code inséré et le comparer au PDF. Les confusions entre indice et exposant, entre 1 et l, ou entre \times et x, se voient bien plus vite une fois composées qu’à la relecture. Règle de partage : Blocks pour une formule neuve créée de zéro, OCR pour une formule qui existe déjà sur papier ou dans un PDF.
Axiom : une IA qui propose des diffs, et ses limites
Axiom est l’assistant d’écriture par IA intégré à TeX64, avec deux points d’entrée : le chat IA (Cmd+Shift+A), où l’on s’exprime en langage naturel, et la complétion en ligne, qui propose dans l’éditeur la ligne, la formule ou le paragraphe suivants. Sa particularité est de faire plus que converser : il travaille à l’intérieur du projet. D’après la documentation, Axiom lit les fichiers du projet et l’arborescence, propose ses modifications sous forme de diffs, compile le projet et lit le journal de compilation, et interroge arXiv pour récupérer des entrées BibTeX (arxiv_search, arxiv_bibtex). Ces capacités sont offertes dans toutes les formules disposant de l’accès à l’IA.
Avec tout outil qui laisse une IA toucher au source, les limites comptent plus que les capacités. D’abord, un diff proposé n’est appliqué qu’après examen et approbation de votre part. Ensuite, Axiom ne peut pas atteindre de fichiers hors de l’espace de travail ni exécuter de commandes système arbitraires — ses outils sont restreints. Enfin, les clés d’API et les jetons sont masqués automatiquement. Sur la circulation des données, la politique de confidentialité et les conditions d’utilisation disent la même chose : seulement lorsque vous invoquez Axiom, la requête et le contexte nécessaires — pouvant inclure le texte sélectionné ou du contenu pertinent du projet — sont envoyés au service d’IA configuré, actuellement l’API OpenAI. Les captures de l’OCR mathématique ne sont pas envoyées. La FAQ du site précise en outre que les articles ne servent jamais à entraîner des modèles d’IA. Si votre manuscrit contient des éléments confidentiels, lisez vous-même la politique de confidentialité avant tout envoi.
Connaître la structure des formules évite aussi de tâtonner. L’éditeur, le système de compilation, l’aperçu PDF, SyncTeX, Blocks et l’OCR mathématique sur l’appareil sont inclus dans la formule gratuite. Pour l’IA, chaque formule comporte une allocation mensuelle d’Axiom, dont le montant courant s’affiche dans l’application. Les formules payantes Basic et Pro l’élargissent, et Pro ajoute un traitement prioritaire, un contexte plus large pour les textes longs et le modèle Axiom le plus performant. Une fois l’allocation épuisée, l’OCR local, l’édition, la compilation et l’aperçu PDF continuent de fonctionner. Une dernière habitude à prendre : mettre le projet dans un état compilable avant de demander à Axiom une modification importante. Juger le résultat revient alors à comparer le diff proposé, et le PDF recompilé après application, à la dernière version qui compilait proprement.
SyncTeX : circuler entre la source et le PDF
SyncTeX relie dans les deux sens les positions correspondantes de la source et du PDF, et il est intégré à la visionneuse PDF de TeX64. Vers l’avant (source vers PDF), la zone du PDF correspondant au curseur est mise en évidence et la visionneuse y défile d’elle-même. En sens inverse (PDF vers source), un Cmd-clic dans le PDF conduit directement à la ligne source correspondante et la met en évidence — pour un bloc de plusieurs lignes tel qu’un paragraphe ou un figure, au début du bloc. Deux conditions seulement : synctex doit être disponible, et la compilation doit produire un .synctex.gz, ce que la compilation de TeX64 active par défaut.
Cela fonctionne aussi dans les projets multi-fichiers : cliquer sur un élément appartenant à un fichier détaché par \input ou \include ouvre le bon fichier externe à la bonne ligne. Encore faut-il que le fichier racine — le fichier principal contenant \begin{document} — soit correctement défini ; avec une mauvaise racine, SyncTeX ne fonctionne pas du tout. TeX64 tente de le détecter seul, et l’on peut le désigner explicitement par « Set Root File » dans le menu si nécessaire. Il vaut également mieux garder une attente réaliste quant à la précision : la plupart du temps on atteint la bonne ligne avec une précision de l’ordre du paragraphe, mais les packages qui engendrent beaucoup de contenu par macros, comme tikz ou pgfplots, compliquent la correspondance et peuvent laisser une précision plus grossière, parfois au niveau de la page. Vérifier après compilation qu’un .synctex.gz figure bien dans le projet est le premier pas de tout diagnostic.